A propos du concept « direction collégiale »

 Travaux initiés par le GFEN (Groupe du Nord Isère)

Ci-dessous :

1. inventaire issu de la première rencontre

2. rappel du projet d'action

3. école des Charmes : une direction collégiale

 

 

1 / à propos de la direction collégiale…

 

Petit listing de ce que ça nous évoque :

- ce  n’est pas l’affirmation d’un pouvoir mais l’affirmation de pouvoirs

- c’est un formidable lieu pour apprendre à dire « je » ou « nous » et ne pas se cacher derrière le « on »

- ce n’est pas une fuite en avant

- c’est une remise en cause de la hiérarchie, une occasion de lui dire bien qu’elle soit instituée seulement dans nos têtes

- c’est intéressant mais usant

- c’est une construction qui prend du temps mais qui, à long terme, permet d’en gagner

- c’est l’occasion de concertations infinies

- ça pousse à prendre confiance en tout le monde

- c’est une délégation de pouvoir, de parole, de décision

- ce sont des volontés, il faut le vouloir !

- c’est le bordel parfois…

 

Ça ne va pas sans un travail d’équipe

- c’est assumer collectivement les manques temporaires de tel ou telle

- c’est un régulateur de conflits

- c’est très peu de frustration car beaucoup de chemins possibles

- c’est pas d’la tarte ! Mais c’est pas non plus du flan !

- c’est une sacrée ouverture sur le monde, qui sort l’enseignant des murs de sa classe pour le réinscrire dans la société

- c’est grandissant personnellement, ça nous rend plus riche

- c’est quand même une sacrée somme de travail

- ça évite l’étiquetage, tout le monde a son mot à dire

- ça peut troubler les autres : est-ce parce qu’ils perdent leurs repères ?

- ça peut être perçu comme une dilution du pouvoir, des possibilités… Nous voyons plutôt la direction collégiale comme une démultiplication de ces derniers

- est-ce un défi ?

- ça sous-entend des valeurs porteuses

 

Du  coup, nous en sommes venues à définir ce qu’est une école :

- Des valeurs : tous capables, hiérarchie pas nécessaire mais imposée dans nos têtes, se construire des pouvoirs…

- Un réseau : la ville, les partenaires, les parents…

- Un lieu ou on apprend : la classe, au niveau des personnes…

 

2.  une pratique de lutte contre le décervelage et la déresponsabilisation

 Projet d’action 2004/2005

 

Quels pouvoirs se construire en équipe pour avancer dans des pratiques d’égalité et de solidarité ?

 

D’abord voir ensemble si cette pratique est véritablement une alternative au libéralisme et à son organisation hiérarchique, explorer les fondements contraires à la démocratie des organisations basées sur la hiérarchie. Ensuite, écrire ensemble une charte de la direction collégiale (ou gestion collégiale, ou administration collégiale, ou pouvoir collégial) aussi bien au sein d’une école que d’une association, une entreprise, un syndicat ou un service public. Une charte qui donne force et garanties collectives aux résistances personnelles (y compris en contexte défavorable).

 

But : présenter cette charte aux syndicats et aux institutions.

 

Calendrier (…)

Merci de faire savoir si tu souhaites participer à cette réflexion à :

Marie-Pierre Canard : 04 74 94 49 87

ou

Yves Béal : 04 74 92 36 47

ou gfen38@wanadoo.fr

 

 

3. ECOLE DES CHARMES : une direction collégiale qui dure et satisfait l’équipe pédagogique (extrait)

 

         1. A la rentrée de l’année 75.76, nul directeur ne fut nommé sur l’école des Charmes et l’équipe en place était renouvelée de moitié. Nous étions déjà quelques uns à contester la notion de hiérarchie et donc à être séduits par l’idée d’une direction collégiale de l’école.

         Certes le rôle du directeur d’une école n’est pas comparable à celui des supérieurs hiérarchiques traditionnels, un directeur est souvent considéré comme un collègue authentique dans l’équipe, mais sa fonction lui donne indéniablement une prééminence dont nous refusions le principe. Les motivations profondes de chacun d’entre nous étaient vraisemblablement différentes : d’une attitude militante au refus d’assurer une responsabilité trop lourde, en passant par l’expectative devant des personnalités inconnues ( 4 nouveaux ne se connaissant pas et 4 anciens sans leader affirmé susceptible de s’engager à accepter la responsabilité de la direction de l’école).

         Nous avons donc choisi alors sans rencontrer d’opposition administrative ( mais sans , non plus, l’accord de l’Inspecteur départemental, de partager les responsabilités incombant d’ordinaire au seul directeur.

         Ce qui donna ceci :

·       Etat des locaux et du matériel : Dominique

·       Comptabilité et commandes : Jacqueline

·       Cantine : André

·       Centre Documentaire : Jeanine

·       Secrétariat : Christiane

·       Audio-Visuel : Philippe

·       Assurances, coopérative, crédit Barangé, inscriptions : Cécile

·       Intervenants extérieurs, liaison avec les parents : Nanou

Nous donnions alors le nom d’un collègue officiellement chargé d’école et touchant à ce titre l’indemnité régulière dont nous avions décidé le principe du partage.

Notre école bénéficiant d’un poste pour décharger le directeur à mi-temps  (½ décharge dans le jargon instit), il nous restait à trouver l’utilisation par l’équipe de la personne qui serait nommée pour effectuer ce travail.(…)

La 1ère année, ce poste permit l’éclatement chaque matin des classes de CM et CM2 surchargées.

Notre fonctionnement ne manqua pas de « ratés » en cette première année d’autant plus que nous étions tous novices en matière administrative. Malgré tout, en fin d’année,74.75, nous écrivions : «  Le fait d’être « attelés au même chariot » a créé entre nous de réelles relations de solidarité et a permis à chacun de s’exprimer vraiment dans l’équipe et d’y trouver sa place. » Nous nous séparions alors bien décidés à continuer l’année suivante en corrigeant ce que nous pensions être une erreur : le réel partage du temps de ½ décharge pour nous consacrer aux tâches administratives au maximum pendant le temps scolaire.

 

2. La seconde année de collégiale, 76.77,  ne développa pas d’avantage l’enthousiasme ni de l’administration, ni de la coordination des équipes expérimentales de notre quartier, ni des parents. Les critiques visaient essentiellement l’absence d’une seule et même personne responsable en chef de l’équipe et auprès de laquelle les récriminations diverses pouvaient être posées. L’équipe collégiale dérange les habitudes et on n’accepte pas volontiers d’être dirigé en fonction de ses préoccupations vers telle ou telle personne différente.

Cette critique ne nous restera pas étrangère mais plus préoccupant s’avère être le problème du travail mal commode du collègue effectuant la ½ décharge. Il nous faudra y remédier en cours d’année pour éviter de la faire courir de classe en classe chaque heure de son mi-temps. Reste aussi que les discussions autour de l’activité de chacun et des initiatives qu’il a pu prendre accaparant beaucoup de temps dans la vie de notre équipe. Cela ajouté à l’indispensable travail pédagogique mange notre temps de vie privée non sans dommage. Pourtant nous réaffirmons notre volonté de travailler ainsi à l’issue de la 2ième année car plus rien ne justifierait ( quelle que soit par ailleurs l’apparition de leaders) de voir l’un d’entre nous prendre une quelconque autorité sur les autres. Nous apprécions d’être chacun une personnalité reconnue de l’équipe et d’avoir accès à toutes les informations et décisions attenantes à la vie de l’équipe. Etre investi de la confiance des autres responsabilise les plus timorés et l’équipe incorpore ainsi pour la 2ième fois des collègues non-volontaires pour travailler en équipe pédagogique.

 

3. La 3ième année, 77.78,  de notre fonctionnement permettra d’effectuer sans bavures les tâches administratives que nous nous sommes partagés de nouveau. Cette fois, la ½ décharge travaille à plein-temps dans l’école grâce à des facilités administratives ( une moitié en ½ décharge et l’autre moitié en complément d’un collègue travaillant à mi-temps) et de plus elle est volontaire. Chacun aura donc 1 heure par semaine pour effectuer sa tâche et prendre connaissance des informations diverses concernant l’école. Le reste du temps de ½ décharge permet d’animer le fonctionnement du centre documentaire et l’éclatement des classes en ateliers. A la fin de l’année, il reste toujours chez la collègue chargé de la ½ décharge ( celle donc qui représente l’ébauche du « maître supplémentaire par équipe ») une insatisfaction liée à l’émiettement de son travail.

 

4. Pour la 4ième année, 78.79 ,  nous parachevons notre direction collégiale en prenant en compte la nécessité de donner plus de temps de décharge à la personne responsable de la coordination de l’équipe pour mieux impulser notre fonctionnement. Il ne s’agit pas là d’un revirement ni de l’acceptation d’un privilège de « directeur ». Et pour contre-balancer cette fonction valorisante, nous décidons de lui adjoindre obligatoirement celle qui s’est avéré la plus pénible : la décharge des collègues.

Sur son mi-temps (12h30) déchargé de classe, la coordinatrice en consacre une partie à remplacer ses collègues ( tâche ingrate ) et une autre à effectuer la coordination de l’équipe

( tâche pas facile mais offrant des satisfactions intellectuelles indéniables).

Ainsi, la personne officiellement chargée d’effectuer la ½ décharge de direction ( ébauche du « maître supplémentaire par équipe ») peut partager une classe à mi-temps avec la coordinatrice désignée par l’équipe. D’autres cas de figure sont possibles (avec des enseignants travaillant à mi-temps par exemple) et voit ses conditions de travail améliorées.

Les deux écueils majeurs de notre fonctionnement précédents sont ainsi éliminés et la répartition des tâches de collégiale est refaite avec l’évaluation horaire suivante : (…)

 

remarques :

1. Cette évaluation du temps consacré à nos responsabilités en fait apparaître l’insuffisance. Les 13 heures30 déchargées de classe ne permettent pas de régler les problèmes à fond et nous devons y consacrer de notre temps personnel.

2. Trois d’entre nous travaillent à mi-temps et ne consacrent donc qu’une demi-heure à leurs responsabilités.

3. Les nouveaux arrivés sont généralement chargés de responsabilités moins prégnantes quoique indispensables.

4. La demi-décharge de direction qui incombe à Jacqueline se répartit en 3 temps : sa responsabilité, la décharge pour l’évaluation INRP, la décharge des autres pour leurs responsabilités.

 

Seul l’inspecteur départemental nouvellement arrivé est franchement hostile à notre fonctionnement car il le considère non conforme et faisant fi de la hiérarchie. Nous souhaitons continuer et convaincre que le projet de constitution d’un grade de directeur  menace au contraire de renforcer ce pouvoir hiérarchique encore très limité pour le moment. Nous craignons que l’administration ne « parachute » sur l’école un « vrai » directeur. Ce danger nous pousse actuellement à engager l’un d’entre nous  à postuler officiellement à la fonction de directeur. Aucun collègue du département à ce jour n’avait encore souhaité l’assurer dans les conditions que nous définissions :

une équipe pédagogique doit partager les responsabilités de son fonctionnement.

Ce sera notre conclusion. L’administration la prendra-t-elle en compte ?

 

N.B. (de Raymond Millot) ce document semble dater (78-79) mais l’école des Charmes a maintenu la direction collégiale jusqu’en 2002